Le psoriasis du cuir chevelu est une maladie de peau chronique qui touche, à un moment ou à un autre, environ une personne sur deux atteinte de psoriasis. Il se manifeste par des plaques rouges recouvertes de squames (peaux mortes blanches ou argentées) qui se détachent en grandes quantités. Sans danger pour la santé générale, il peut être très inconfortable au quotidien : démangeaisons, gêne sociale, vêtements pleins de pellicules, voire chute temporaire de cheveux dans les zones les plus enflammées.
Bonne nouvelle, on dispose aujourd’hui de plusieurs traitements efficaces du psoriasis du cuir chevelu, du simple shampoing vendu en pharmacie aux dermocorticoïdes sur ordonnance. Cet article fait le tour des solutions, de la manière de les utiliser, et des bons réflexes pour calmer les poussées.
Reconnaître un psoriasis du cuir chevelu
Le psoriasis du cuir chevelu prend la forme de plaques bien délimitées, rouges ou rosées, recouvertes de squames blanchâtres ou argentées. Ces squames sont des cellules de peau mortes qui se détachent par paquets, parfois assez gros pour tomber sur les épaules. Les zones les plus souvent touchées sont la lisière du cuir chevelu (front, tempes, nuque), l’arrière des oreilles et la zone derrière les oreilles.
Les démangeaisons sont fréquentes, parfois intenses, mais pas systématiques. Certaines personnes décrivent surtout une sensation de tension ou de chaleur. À force de gratter, on peut voir apparaître des saignements, des croûtes, et plus rarement une chute de cheveux temporaire dans les zones les plus inflammées. Cette chute n’est pas définitive : les cheveux repoussent une fois la plaque calmée.
Important à savoir, le psoriasis n’est pas contagieux. C’est une maladie inflammatoire liée à un dérèglement du système immunitaire (les cellules de la peau se renouvellent beaucoup trop vite, en 4 à 7 jours au lieu de 28). On ne l’attrape pas en utilisant la même brosse ou la même serviette qu’un proche atteint.
Psoriasis, pellicules ou dermite séborrhéique : éviter la confusion
C’est l’une des questions qui revient le plus souvent en pharmacie : « Est-ce que j’ai du psoriasis ou des pellicules ? ». Les trois affections se ressemblent au premier coup d’œil mais ne se traitent pas pareil. Ce tableau vous aide à y voir plus clair.
| Critère | Psoriasis du cuir chevelu | Pellicules simples | Dermite séborrhéique |
|---|---|---|---|
| Aspect des squames | Épaisses, blanches ou argentées, adhérentes | Fines, blanches, sèches, qui tombent facilement | Grasses, jaunâtres, collantes |
| Plaques | Bien délimitées, rouges sous les squames | Pas de plaque rouge, juste des pellicules diffuses | Rougeurs floues, peau grasse |
| Localisation | Lisière du cuir chevelu, derrière les oreilles, nuque | Tout le cuir chevelu, diffus | Cuir chevelu, ailes du nez, sourcils, barbe |
| Démangeaisons | Variables, parfois fortes | Légères ou absentes | Modérées |
| Évolution | Chronique, par poussées | Saisonnière, sensible aux shampoings | Chronique, par poussées |
Le critère le plus parlant reste l’épaisseur des squames et la présence de plaques bien rouges sous celles-ci. Si vous hésitez, montrez votre cuir chevelu à votre pharmacien ou demandez un avis dermatologique. Pour aller plus loin sur la dermite séborrhéique et son cousin germain, l’eczéma, vous pouvez consulter notre article vivre au quotidien avec une dermite séborrhéique ou notre dossier qu’est-ce que l’eczéma : causes et remèdes.
Pourquoi le psoriasis du cuir chevelu apparaît-il ?
Le psoriasis est une maladie auto-immune, c’est-à-dire que le système de défense de l’organisme (le système immunitaire) s’emballe et attaque sa propre peau par erreur. Résultat, les cellules cutanées se renouvellent quatre à sept fois plus vite que la normale, ce qui provoque l’accumulation de squames en surface.
Il existe une composante génétique claire : si un parent ou un grand-parent en a, le risque est plus élevé. Mais avoir le terrain ne suffit pas, il faut un déclencheur. Les facteurs les plus souvent identifiés sont les suivants.
- Stress et fatigue : un épisode de stress intense (deuil, surmenage professionnel, examen) déclenche fréquemment une poussée.
- Infections, en particulier les angines à streptocoque chez l’enfant et l’adolescent.
- Certains médicaments : bêtabloquants, lithium, antipaludéens, parfois les anti-inflammatoires non stéroïdiens.
- Climat froid et sec : les poussées sont plus fréquentes en hiver. À l’inverse, le soleil améliore souvent les plaques.
- Alcool et tabac : ils favorisent l’inflammation et rendent les traitements moins efficaces.
- Frottements et grattage : un coiffage trop énergique ou un grattage répété peut déclencher de nouvelles plaques aux endroits irrités, c’est ce qu’on appelle le phénomène de Koebner.
Identifier ses propres déclencheurs aide beaucoup. Tenir une sorte de petit journal des poussées, sur quelques semaines, permet souvent de repérer une cause récurrente.
Les traitements disponibles sans ordonnance
Pour les psoriasis du cuir chevelu légers à modérés, on commence souvent par des soins en vente libre en pharmacie. Ils ne guérissent pas la maladie mais ils calment efficacement les plaques peu étendues.
Les shampoings kératolytiques
Le mot fait peur mais le principe est simple : un kératolytique est une substance qui dissout les squames pour les décoller du cuir chevelu. Le plus connu est l’acide salicylique, présent dans de nombreux shampoings spécialisés. Il s’utilise en première intention, sur cuir chevelu mouillé, en laissant poser 5 à 10 minutes avant rinçage. Deux à trois lavages par semaine pendant 3 à 4 semaines.
Les shampoings au goudron de houille
Le goudron végétal a une efficacité reconnue depuis des décennies. Il ralentit la multiplication des cellules cutanées et calme l’inflammation. Son seul vrai défaut, l’odeur. Les formulations modernes l’ont en grande partie atténuée.
Les shampoings à la pirocton olamine ou à la pyrithione de zinc
Ces actifs ont surtout une action antifongique mais ils calment aussi les rougeurs et les démangeaisons. Ils sont parfois conseillés en alternance avec un shampoing kératolytique.
Les huiles décapantes
Pour les plaques très épaisses, on peut appliquer la veille au soir une huile végétale (olive, coco, calendula) ou une préparation à base d’acide salicylique en gel. On laisse poser plusieurs heures (ou la nuit, sous une charlotte de douche) puis on lave avec un shampoing doux. Les squames se détachent alors plus facilement.
Les soins apaisants
Lotions et émulsions à base de panthénol, niacinamide, allantoïne ou eaux thermales (Avène, La Roche-Posay, Uriage) calment les démangeaisons et hydratent la zone. À utiliser entre les shampoings.
Petit conseil pratique, évitez les shampoings dits « antipelliculaires grand public » seuls : ils sont conçus pour les pellicules simples, pas pour les plaques épaisses du psoriasis. Dans la plupart des cas, demandez une recommandation à votre pharmacien.
Les traitements sur ordonnance
Si les traitements en libre service ne suffisent pas, ou si les plaques sont étendues, le médecin ou le dermatologue peut prescrire des traitements plus ciblés. Ils sont généralement bien tolérés sur le cuir chevelu mais doivent être utilisés selon les durées indiquées pour éviter les effets indésirables.
Les dermocorticoïdes
Ce sont des corticoïdes appliqués localement (cortisone). Ils calment rapidement l’inflammation et les démangeaisons. Sur le cuir chevelu, on les prescrit sous forme de lotions, mousses ou shampoings, formats plus pratiques que les crèmes classiques. La règle d’or : courte durée (2 à 4 semaines) et arrêt progressif pour éviter l’effet rebond.
Les analogues de la vitamine D
Le calcipotriol est un dérivé de la vitamine D qui ralentit la multiplication des cellules cutanées. Il s’utilise en lotion, parfois associé à un dermocorticoïde dans une seule et même formule (calcipotriol + bétaméthasone). Cette association est aujourd’hui l’une des plus prescrites pour le psoriasis du cuir chevelu modéré.
La photothérapie
Pour les psoriasis étendus, le dermatologue peut proposer des séances d’exposition aux UVB à spectre étroit, dans un appareil dédié, à raison de 2 à 3 séances par semaine. Sur le cuir chevelu, c’est moins simple à cause des cheveux qui font écran, mais des appareils en peigne existent.
Les traitements systémiques et biothérapies
Réservés aux formes sévères ou résistantes, ils agissent par voie générale (comprimés ou injections). On y trouve le méthotrexate, l’acitrétine, l’apremilast, et plus récemment les biothérapies ciblant des médiateurs de l’inflammation (anti-TNF alpha, anti-IL17, anti-IL23). Ces traitements relèvent strictement du dermatologue spécialisé.
Tableau récapitulatif des traitements
| Traitement | Indication | Ordonnance | Durée typique |
|---|---|---|---|
| Shampoing à l’acide salicylique | Plaques peu épaisses, en première intention | Non | 3 à 4 semaines, 2 à 3 fois par semaine |
| Shampoing au goudron de houille | Plaques modérées, démangeaisons | Non | 4 semaines, en alternance avec un doux |
| Huile décapante (olive, coco) | Préparation avant shampoing kératolytique | Non | Pose 2 h à 1 nuit, ponctuel |
| Dermocorticoïde (lotion, mousse) | Poussée modérée à sévère | Oui | 2 à 4 semaines, arrêt progressif |
| Calcipotriol seul | Entretien après corticoïde | Oui | Plusieurs semaines à plusieurs mois |
| Calcipotriol + bétaméthasone | Plaques résistantes au seul shampoing | Oui | 4 à 8 semaines puis relais d’entretien |
| Photothérapie UVB | Psoriasis étendu | Oui (dermatologue) | 2 à 3 séances par semaine, plusieurs mois |
| Biothérapies | Forme sévère ou résistante | Oui (dermatologue spécialisé) | Long cours, suivi rapproché |
Ces durées sont indicatives. Le médecin adaptera toujours le protocole à la sévérité de votre psoriasis et à votre tolérance.
Les bons gestes au quotidien
Au-delà du traitement, quelques habitudes simples aident à limiter les poussées de psoriasis du cuir chevelu et à mieux les vivre.
- Lavages doux et pas trop fréquents. Trop laver agresse la peau, pas assez laisse les squames s’accumuler. Deux à trois shampoings par semaine, avec une eau tiède plutôt que chaude, c’est en général le bon rythme.
- Éviter de gratter. C’est plus facile à dire qu’à faire, on est d’accord. Mais le grattage entretient les plaques et peut les étendre. Quand ça démange, mieux vaut tamponner avec une lotion apaisante ou poser une compresse fraîche.
- Brossage doux, avec une brosse en poils naturels souples. On évite les peignes en métal et les démêlages brutaux.
- Séchage à basse température. Le sèche-cheveux trop chaud assèche le cuir chevelu et accentue les squames. Préférez l’air froid ou tiède, à distance.
- Coloration et coiffures. Les colorations chimiques peuvent irriter une peau fragilisée. Si vous y tenez, privilégiez des colorations sans ammoniaque et faites toujours un test au préalable. Évitez aussi les coiffures trop tirées (queue de cheval serrée, tresses) qui accentuent les frottements.
- Soleil avec mesure. Les rayons UV améliorent souvent les plaques, mais sans excès. Une exposition modérée du cuir chevelu (15 à 20 minutes par jour) peut aider, à condition de protéger les zones sensibles si on a peu de cheveux.
- Gestion du stress. Yoga, sophrologie, marche, sport, méditation : peu importe la méthode, l’important est de trouver un sas régulier. C’est l’un des leviers les plus efficaces sur le long terme.
- Hygiène de vie. Réduire l’alcool et le tabac améliore l’efficacité des traitements et limite la fréquence des poussées.
Pour celles et ceux qui ont aussi des plaques sur les mains, notre dossier dyshidrose des mains, les solutions peut compléter utilement les conseils ci-dessus, même si la dyshidrose est une autre forme de dermatose.
Quand consulter un médecin ou un dermatologue
Beaucoup de personnes vivent avec leur psoriasis du cuir chevelu sans consulter, en gérant les poussées au shampoing. C’est tout à fait possible pour les formes légères. Mais certains signaux doivent pousser à prendre rendez-vous.
- Les plaques sont étendues, recouvrent une grande partie du cuir chevelu ou débordent sur le visage, la nuque, les oreilles.
- Les démangeaisons sont importantes, perturbent le sommeil ou la concentration.
- Une chute de cheveux importante apparaît dans les zones de plaques.
- Le retentissement sur le moral et la vie sociale devient pesant : on évite la piscine, le coiffeur, certains vêtements.
- Les traitements en pharmacie ne soulagent plus après 4 semaines d’utilisation correcte.
- Vous remarquez des douleurs articulaires associées (genoux, doigts, dos), pouvant évoquer un rhumatisme psoriasique. Dans ce cas la consultation dermatologique est urgente.
Le médecin traitant est en général la première porte d’entrée, qui orientera vers un dermatologue si besoin. À noter, les consultations dermatologiques sont remboursées par l’Assurance Maladie dans le parcours de soins. En cas de difficulté à trouver un rendez-vous rapidement, parlez-en à votre pharmacien : il peut souvent vous aiguiller vers un dermatologue local ou une téléconsultation conventionnée.
Questions fréquentes sur le psoriasis du cuir chevelu
Le psoriasis du cuir chevelu est-il contagieux ?
Non, absolument pas. C’est une maladie inflammatoire liée au système immunitaire, pas une infection. On ne le transmet pas par contact, par les brosses, ni par les serviettes.
Peut-il faire tomber les cheveux définitivement ?
Dans la grande majorité des cas, non. La chute de cheveux observée pendant les poussées est temporaire : les cheveux repoussent une fois la plaque calmée. Une chute permanente est rarissime et concerne plutôt les formes très sévères et anciennes.
Existe-t-il un régime alimentaire contre le psoriasis ?
Aucun régime ne guérit le psoriasis. En revanche, une alimentation anti-inflammatoire (riche en oméga-3, légumes, fruits, peu de produits ultra-transformés et d’alcool) peut aider à réduire la fréquence des poussées chez certaines personnes. À tester au cas par cas.
Le psoriasis du cuir chevelu touche-t-il les enfants ?
Oui, il peut commencer dès l’enfance. La prise en charge est alors plus prudente, avec des traitements moins puissants et toujours sous contrôle dermatologique pédiatrique. Les angines à streptocoque sont un déclencheur fréquent chez l’enfant.
Va-t-on en guérir un jour ?
Le psoriasis est une maladie chronique, on ne « guérit » pas au sens strict. Mais on peut très bien contrôler les poussées et passer de longues périodes sans symptôme visible, avec un traitement adapté et une bonne hygiène de vie.
Sources institutionnelles
- HAS, Recommandations sur la prise en charge du psoriasis
- Ameli, Le psoriasis : symptômes, diagnostic et traitement
- Inserm, Dossier psoriasis
- Manuel MSD, Psoriasis
- France Psoriasis, Association de patients
- Société Française de Dermatologie
Article rédigé pour France-Pharmacies sur la base des recommandations HAS, Inserm et du Manuel MSD, avec relecture par un pharmacien d’officine. Mise à jour le 4 mai 2026. En cas de doute sur votre situation personnelle, consultez votre médecin ou votre dermatologue.


