Avertissement médical : cet article est rédigé à titre informatif et éducatif. Il ne se substitue pas à un avis médical professionnel. Tout bilan de fertilité doit être prescrit et interprété par un médecin ou un professionnel de santé qualifié.
L’essentiel à retenir
Un bilan de fertilité après 35 ans permet d’évaluer votre réserve ovarienne et d’identifier d’éventuels obstacles à la conception.
- Consultez après 6 mois d’essais sans résultat (contre 12 mois avant 35 ans).
- L’examen de référence est le dosage de l’AMH (hormone antimüllérienne), réalisable à tout moment du cycle.
- L’échographie pelvienne en début de cycle complète le bilan hormonal.
- La plupart des examens de première intention sont pris en charge par l’Assurance maladie.
- Normal ne veut pas dire garanti : un bilan oriente les étapes, il ne les décide pas à votre place.
Vous avez peut-être constaté que les délais pour concevoir s’allongent passé 35 ans. La fertilité féminine suit en effet une courbe naturelle : elle reste stable jusqu’à la trentaine, puis diminue progressivement. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est un fait biologique que les médecins observent régulièrement. Face à cette réalité, un bilan de fertilité permet de savoir où vous en êtes, d’anticiper et, le cas échéant, d’agir à temps.
Pourquoi la fertilité évolue-t-elle après 35 ans ?
À la naissance, chaque femme dispose d’un stock d’environ un à deux millions de follicules ovariens. Ce capital ne se renouvelle pas : il ne fait que diminuer. À la puberté, il en reste environ 300 000 à 400 000, et seuls 300 à 400 aboutiront à une ovulation au cours de la vie reproductive. Le reste disparaît progressivement, un phénomène tout à fait naturel appelé atrésie folliculaire.
Dès 30 ans, cette diminution s’accélère légèrement. Après 35 ans, elle devient plus marquée, et la qualité des ovocytes évolue elle aussi : les anomalies chromosomiques y deviennent plus fréquentes. C’est ce qui explique à la fois la baisse des chances de conception spontanée et la hausse du risque de fausse couche avec l’âge.
Ces changements ne surviennent pas du jour au lendemain. Certaines femmes de 38 ans ont une réserve ovarienne tout à fait normale, tandis que d’autres à 32 ans présentent déjà une diminution notable. L’âge donne une tendance générale, pas un verdict individuel. C’est précisément pourquoi un bilan personnalisé est utile : il donne une image précise de votre situation, là où votre carte d’identité ne donne qu’une probabilité.
Selon les recommandations du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF, 2024), le délai de consultation recommandé est de 6 mois en l’absence de grossesse après 35 ans, contre 12 mois avant cet âge. Certaines situations justifient de consulter plus tôt, notamment les cycles irréguliers ou les antécédents médicaux particuliers.

Quand prendre rendez-vous pour un bilan de fertilité ?
La règle de base est simple : si vous essayez de concevoir depuis 6 mois sans résultat et que vous avez 35 ans ou plus, il est temps de consulter un médecin ou un gynécologue pour initier un bilan. Ce délai est délibérément plus court qu’avant 35 ans (12 mois), car le temps joue un rôle croissant passé ce cap.
Certaines situations justifient de ne pas attendre 6 mois :
- des cycles irréguliers ou absents ;
- un antécédent d’endométriose ou de règles très douloureuses ;
- des antécédents de chirurgie pelvienne (ablation d’un kyste ovarien, par exemple) ;
- une infection sexuellement transmissible pelvienne ancienne non traitée ;
- une seule trompe utérine fonctionnelle.
Dans ces cas, une consultation précoce peut éviter de perdre un temps précieux. Le médecin évaluera votre situation et choisira les examens les plus pertinents selon votre historique médical.
Les examens du bilan de fertilité féminin
Le bilan de fertilité n’est pas un examen unique. C’est un ensemble d’investigations complémentaires, sélectionnées et interprétées en fonction de chaque situation individuelle. On distingue les examens de première intention, prescrits d’emblée, et les explorations de second rang, réservées aux cas où les premiers résultats n’expliquent pas les difficultés.
Le bilan hormonal : AMH, FSH et estradiol
C’est souvent la première étape. Une simple prise de sang permet de doser plusieurs hormones qui renseignent sur le fonctionnement des ovaires et de l’hypophyse.
L’AMH (hormone antimüllérienne) est aujourd’hui le marqueur le plus utilisé pour évaluer la réserve ovarienne. Sécrétée par les follicules en cours de maturation, elle reflète directement leur quantité. Son avantage pratique : elle peut être dosée à n’importe quel moment du cycle, sans contrainte calendaire.
La FSH (hormone folliculostimulante) et l’estradiol sont dosés en début de cycle, idéalement entre le 2e et le 3e jour (J2-J3). Une FSH élevée peut signaler que l’hypophyse compense une réserve ovarienne diminuée en « poussant » davantage. L’estradiol, lui, permet d’interpréter correctement la valeur de la FSH.
D’autres hormones complètent parfois ce tableau : la prolactine, dont l’excès peut perturber l’ovulation, et la TSH pour évaluer la thyroïde. Les déséquilibres hormonaux thyroïdiens, en particulier, sont une cause parfois sous-estimée de difficulté à concevoir, et souvent facilement traitée.

L’échographie pelvienne et le compte folliculaire
Réalisée par voie endovaginale en début de cycle (J2-J3), l’échographie pelvienne permet de visualiser l’utérus et les ovaires. Elle permet aussi de compter les follicules antraux présents sur chaque ovaire. Ce « compte folliculaire antral » (CFA) est un bon reflet de la réserve ovarienne : plus les follicules visibles sont nombreux, meilleure est la réserve. C’est un examen indolore et rapide, sans préparation particulière.
L’échographie détecte également d’éventuelles anomalies structurelles qui pourraient nuire à la conception : fibromes utérins, polypes de l’endomètre, kystes ovariens, ou encore des endométriomes (kystes liés à l’endométriose), susceptibles de réduire la réserve ovarienne.
Les examens des trompes et de l’utérus
Quand le bilan hormonal et l’échographie ne suffisent pas à expliquer les difficultés, d’autres examens peuvent être prescrits.
L’hystérosalpingographie (HSG) est une radiographie de l’utérus et des trompes avec injection d’un produit de contraste. Elle évalue la perméabilité tubaire : des trompes obstruées empêchent les ovocytes de rejoindre les spermatozoïdes. Elle est réalisée entre le 7e et le 10e jour du cycle.
La cœlioscopie est un acte chirurgical sous anesthésie générale, réservé aux situations où une pathologie pelvienne est suspectée (endométriose avancée, adhérences post-chirurgicales). Elle permet à la fois le diagnostic et, souvent, le traitement dans le même temps opératoire.
À noter : selon les recommandations du CNGOF 2024, le test post-coïtal de Hühner n’est plus recommandé en pratique courante, sa valeur prédictive étant insuffisante pour justifier sa réalisation systématique.
Tableau récapitulatif des examens du bilan de fertilité
Voici les principaux examens du bilan féminin, avec leur moment de réalisation et leur prise en charge.
| Examen | Moment du cycle | Ce qu’il évalue | Prise en charge AM |
|---|---|---|---|
| Dosage AMH | Tout moment | Réserve ovarienne | Oui (sur prescription) |
| FSH, LH, estradiol | J2-J3 | Fonction ovarienne | Oui |
| Prolactine, TSH | Tout moment | Thyroïde, lactation | Oui |
| Échographie pelvienne | J2-J3 | Ovaires, utérus, CFA | Oui |
| Hystérosalpingographie | J7-J10 | Perméabilité des trompes | Oui (partiel) |
| Cœlioscopie | Sur indication | Endométriose, adhérences | Oui (acte chirurgical) |
Remboursement et prise en charge par l’Assurance maladie
En France, les examens de première intention du bilan de fertilité sont remboursés par l’Assurance maladie, à condition d’être prescrits par un médecin. Le dosage de l’AMH, la FSH, l’estradiol, la TSH, la prolactine et l’échographie pelvienne entrent dans ce cadre, selon Ameli.

L’hystérosalpingographie est également prise en charge, avec un remboursement partiel selon la cotation de l’acte. La cœlioscopie, en tant qu’acte chirurgical, est remboursée sur la base des tarifs conventionnels selon le secteur du praticien.
Si le bilan mène vers une prise en charge en assistance médicale à la procréation (AMP), les tentatives de fécondation in vitro (FIV) sont remboursées pour les femmes de moins de 43 ans, dans la limite de 6 tentatives.
Conseil pratique : demandez à votre médecin une ordonnance regroupant tous les examens de première intention. Cela évite les allers-retours et permet un remboursement optimal. Un médecin traitant peut prescrire les prises de sang et orienter vers le gynécologue pour l’échographie.
Comment interpréter les résultats de son bilan ?
L’interprétation d’un bilan de fertilité ne peut pas se faire seule. Les valeurs de référence varient selon les laboratoires, le moment du cycle et votre situation personnelle. Seul un médecin peut replacer les chiffres dans leur contexte.
Quelques repères permettent de comprendre ce que le bilan explore. Un taux d’AMH dans la fourchette normale pour votre âge indique une réserve ovarienne correcte. Un taux bas peut orienter vers une démarche rapide ou une discussion sur la préservation de la fertilité. Un taux élevé peut, à l’inverse, suggérer un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK), qui a ses propres implications.
Un bilan normal ne signifie pas que tout est parfait. Il signifie simplement qu’aucune anomalie détectable n’a été trouvée. Les causes inexpliquées d’infertilité représentent une proportion significative des situations rencontrées en consultation de fertilité. Le bilan peut également déboucher sur une orientation vers un centre d’AMP, ce qui n’est pas une mauvaise nouvelle en soi, mais une étape logique. Il peut aussi amener à vérifier une contraception hormonale récemment arrêtée, dont les effets sur l’ovulation mettent parfois quelques mois à se dissiper.
Un bilan de fertilité après 35 ans, c’est d’abord un acte de connaissance de soi. Il ne dit pas ce que l’avenir réserve, mais il donne les éléments pour avancer avec les bons appuis. Ce que les chiffres ne captent pas, c’est la singularité de chaque parcours : certaines femmes avec un bilan modeste conçoivent spontanément, d’autres avec des résultats rassurants traversent des mois plus longs. La biologie donne des probabilités, jamais des certitudes. Ce qui reste entre les mains des femmes, c’est d’avoir les informations pour décider librement de la suite.
Questions fréquentes sur le bilan de fertilité après 35 ans
Jusqu’à quel âge une femme peut-elle tomber enceinte naturellement ?
Techniquement, une femme peut concevoir jusqu’à la ménopause, qui survient en moyenne vers 51 ans en France. En pratique, les chances diminuent fortement après 40 ans et deviennent très faibles après 45 ans. En France, la prise en charge des tentatives de FIV par l’Assurance maladie s’applique pour les femmes de moins de 43 ans.
Un bilan de fertilité normal garantit-il une grossesse ?
Non. Un bilan normal indique qu’aucune anomalie identifiable n’a été trouvée, mais il n’exclut pas d’autres facteurs. Les causes inexpliquées d’infertilité représentent une proportion significative des situations rencontrées en consultation. Un bilan normal est un bon point de départ, pas une garantie.
L’AMH peut-elle augmenter avec un traitement ou des compléments alimentaires ?
Non. L’AMH reflète le capital folliculaire, qui ne se régénère pas. En pharmacie, vous trouverez parfois de la coenzyme Q10 ou de la DHEA présentées comme bénéfiques pour la réserve ovarienne. À ce jour, la Haute Autorité de Santé n’a retenu aucune de ces molécules dans ses recommandations officielles. L’AMH peut fluctuer légèrement selon les dosages et les laboratoires, mais aucun traitement ne la « remonte » durablement.
Comment se préparer à une prise de sang pour le bilan hormonal ?
Pour les dosages de FSH, LH et estradiol, la prise de sang doit être faite entre le 2e et le 3e jour du cycle (J2-J3), à jeun de préférence. L’AMH peut être dosée à tout moment. Il vaut mieux signaler toute pilule ou contraception hormonale en cours à votre médecin, car certains traitements peuvent modifier les valeurs mesurées.
Sources
- Bilan médical de l’infertilité, Ameli (Assurance maladie)
- Recommandations pour la prise en charge de l’infertilité du couple, CNGOF, 2024
- Rapport annuel, Agence de la biomédecine, 2023


